mercredi, décembre 15 2021

Le somnambuliste

Le Somnambuliste est une websérie en 6 épisodes de 15 minutes chacun environ que j'ai découvert sur arte.tv.
Elle narre les aventures de Simon, un trentenaire un peu paumé dans sa vie, retourné vivre avec sa mère dans le petit village alsacien de son enfance. Il se découvrira rapidement des crises de somnambulisme qui le feront se réveiller dans des situations de plus en plus critique, tandis que des crimes sont commis, poussant la police à enquêter.
Mêlant thriller, humour noir et absurde, j'ai trouvé Le Somnambuliste particulièrement original. Le scénario est prenant, les personnages attachants, et une bonne part de mystère permet de développer l'intérêt au fur et à mesure du visionnage.
Le ton volontairement léger des premiers temps laisse rapidement place à une atmosphère nettement plus inquiétante, et quand le réalisateur fait tout pour brouiller les pistes entre le réel et le fictif, l'angoisse n'est pas loin.

La série ayant de plus été tournée en Alsace, j'y ai retrouvé quelques plaisant souvenirs de cette belle région.

Le Somnambuliste
Jérémy Strohm
2021

lundi, décembre 6 2021

MORTS

Alors qu'il venait de mourir, Joseph se réveilla...

Quelle étrange chose que ce roman de Philippe Tessier ! Je l'ai choisi essentiellement pour sa couverture (signée Fabrice Angleraud) ; un peu pour son résumé aussi : un mort qui revient à la vie, se retrouve à déambuler au milieu de squelettes particulièrement vifs en essayant de comprendre ce qu'il se passe...jusqu'à croiser la mort elle-même, qui s'ennuie... à mourir (j'ai presque honte).

MORTS est, je crois, un immense délire tout droit sorti du cerveau déjanté de l'auteur. Une farce féroce et aiguisée se cache sous un roman des plus louches ! J'ai passé beaucoup de temps à me demander ce que j'étais en train de lire, beaucoup aussi à me dire que décidément, ces idées sont sacrément bien vues, il me plaît cet auteur, je lui paierais bien une bière !

Il ne faut pas, je crois, essayer de comprendre où Philippe Tessier veut en venir. Juste profiter de ses bons mots, de sa vision acérée des vivants (qui se devine tellement bien quand il met en scène des morts) et rire ; beaucoup.
MORTS est sans nul doute un des livres les plus bizarres que j'aie lu ces derniers temps... que l'auteur en soit chaleureusement remercié car ça fait du bien !

MORTS
Philippe Tessier
Éditions Leha

mercredi, juin 23 2021

Canevas

Tim est un dessinateur au style inimitable, qui peut être aussi joyeux et coloré que mélancolique. En lisant cet ouvrage, j'ai eu l'impression qu'il s'était donné les moyens de laisser son talent s'exprimer et s'épanouir pleinement.

Avec Canevas, Tim alterne les chapitres contrastés et tisse, brode, entremêle brillamment le destin de ses personnages, plus follement singuliers les uns que les autres.
Il nous entraîne dans une histoire fantastique douce, absurde, drôle et émouvante à la fois. Un véritable tourbillon d'idées folles, qui s'enchaînent et se répondent parfaitement, démontrant l'excellente maîtrise narrative de l'auteur qui a su créer une bande dessiné fort différente de ce qu'on a l'habitude de lire.
Le livre étant vraiment truffé d'humour (souvent noir), je me suis délectée de l'ironie très subtile de l'auteur qui n'a pas son pareil pour pointer les lâchetés ordinaires ou les mesquineries de certains de ses protagonistes.

Canevas est réellement écrit avec autant de virtuosité qu'il est dessiné.
L'auteur s'étant en outre essayé à une prépublication en ligne, vous pouvez retrouver l'ensemble des chapitres pairs de l'ouvrage sur le blog dédié. Allez y jeter un coup d’œil, ils valent le coup, et lisez Canevas dans son entier, car les chapitres impairs sont aussi (si ce n'est encore plus) appréciables !

Canevas
Tim
Editions Lapin

lundi, mai 31 2021

Zoo

Découvert presque par hasard, au milieu du catalogue de la plateforme Freaks On, c'est une sacrée bonne surprise que ce très dérangeant Zoo, court-métrage de Nicolas Pleskof.

L'intrigue met en scène une famille de vétérinaires, dont la vie est réglée au millimètre, et qui verra cette apparence parfaite être perturbée par la présence d'un monstrueux cocon dans le lit de leur fille cadette.

Le film aborde nombre de thèmes troublants : régression, métamorphose, désirs, inceste... avec un ton très décalé, proche de l'absurde. Cependant, tout est extrêmement bien maîtrisé et on n'a aucune peine à plonger dans l'histoire. Étant de plus porté par d'excellent acteurs (dont Christophe Grégoire (que j'adore) et la formidable Claude Perron), ce court métrage vaut vraiment le coup d’œil ! C'est absurde, drôle et corrosif !

Zoo
Nicolas Pleskof
2012

mercredi, mai 26 2021

Mémoires flous

Et là, Georgie sut qu'elle avait trouvé une star riche et puissante qui avait désespérément besoin d'amour. Désespérément besoin de croire. En Natchez Gushue. En une confusion freudienne qu'il prenait pour le destin. En n'importe quoi, pourvu que ce soit plus doux que le chaos.

Je trouve Jim Carrey fascinant, comme le sont tous les artistes qui ont choisi la comédie, la bouffonnerie, pour exorciser leur mal-être. Il est en effet assez facile de déceler, derrière la façade enjouée de l'acteur populaire un être savamment torturé. Il est intéressant de découvrir d'ailleurs, d'autres facettes de cet homme énigmatique, comme dans le documentaire Jim Carrey: I Needed Color, qui est sorti il y a quelques années et qui évoquait sa passion pour la peinture. Le jeu de Jim Carrey m'est toujours apparu comme une sorte de fuite en avant, désordonnée, pouvant être aussi lumineuse que sordide. J'avais donc hâte de lire ce roman, issue d'un travail commun avec Dana Vachon et présenté comme semi-autobiographique.

Semi-autobiographique car il met en scène un Jim Carrey de fiction, dépressif et perdu, en quête perpétuelle de validation, et qu'il dézingue sans subtilité le monde hollywoodien tout en égratignant au passage quelques figures célèbres. Autobiographique surtout dans la façon dont il a été construit, en explosant les codes de la narration. Le roman part d'une réalité, celle de la vie de Jim Carrey, pour l'atomiser dans une sorte de montage surréaliste digne d'un Salvator Dalí ou d'un Yves Tanguy. Ce fut une lecture drôle et féroce, chaotique et fuyante également. Un maelström d'idées, de sensations et d'émotions, plus ou moins cohérent, toujours explosif qui pousse à accélérer la lecture à la recherche d'une apothéose. Il y a quelque chose de l'urgence dans ce roman, qui cherche à combattre l'éphémère, et si je l'ai fini sans tout comprendre, j'ai ressenti pendant longtemps une grande mélancholie.

Il y a beaucoup d'humour car il n'y a pas beaucoup d'espoir…

Il serait facile de ne voir dans ce roman qu'une farce déjantée, plus ou moins compréhensible, mais c'est pour moi le propre d'une œuvre réussie de savoir à ce point susciter des émotions durables.

Mémoires flous
Jim Carrey & Dana Vachon
Traduit par Sabine Porte
Editions Le Seuil

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