mercredi, octobre 14 2020

Mortel

Mortel est un recueil de strips signé Marc Dubuisson au scénario et Thierry Martin au dessin, mettant en scène la Mort (avec son habit noir, sa capuche et sa faux) dans l'exercice de son travail. Apparaissant quelques instants avant le décès d'individus souvent fâchés de la voir, elle s'acquitte de sa tâche avec conviction et nonchalance.

Elle constitue donc le motif parfait pour enchaîner les gags à l'humour noir prégnant, au cynisme décomplexé et au sadisme jubilatoire, frappant sans vergogne toute une ribambelle de personnages ayant rarement d'échappatoire. Chaque planche est courte, nette, et la chute est souvent inattendue.

Tout au long de la centaine de pages du recueil, les auteurs parviennent à éviter les redondances et m'ont fait passer un bon moment de rigolade.

Je n'aurais cependant pas été contre une immersion plus profonde dans la noirceur. Si vous êtes comme moi, admiratrice des Idées noires de Franquin, il vous manquera peut-être un petit quelque chose.

Mortel
Marc Dubuisson & Thierry Martin
Delcourt - Pataquès

mercredi, octobre 7 2020

Fouloscopie

La fouloscopie, mes amis est vraiment une discipline que je trouve passionnante !

Terme inventé par la dessinatrice et vulgarisatrice Marion Montaigne, c'est grâce à son billet de blog que j'ai eu un premier contact avec ce courant scientifique qui étudie le comportement des foules humaines.
Si vous me connaissez, vous savez que j'ai fait des études de biologie. Si vous me connaissez bien, vous savez que ces études se sont focalisées sur la biologie des populations et l'éthologie : l'étude du comportement. Si je me suis intéressée aux animaux, l'auteur de ce livre, le chercheur Mehdi Moussaïd s'intéresse, lui, depuis longtemps, au comportement humain.

C'est en retraçant son parcours de chercheur depuis le début de son doctorat qu'il aborde en 12 chapitres autant de facettes de cette discipline : le comportement d'un piéton dans la foule, les stratégies d'évitement, les phénomènes de bousculade, de propagation de la panique, mais également l'enseignement que l'on peut tirer des réseaux sociaux. Il présente tour à tour l'étude des foules du point de vue biologique, physique, psychologique...

Il nous plonge au cœur de la recherche, en n’omettant pas d'en détailler les difficultés et les limites. Difficile par exemple d'étudier en conditions reproductibles un vrai mouvement de panique sans poser de problèmes éthiques. On découvre alors les évolutions de la discipline et ce que les caméras dans l'espace public, mondes virtuels et autres technologies modernes ont pu lui apporter.

Etant très intéressée, voir fascinée par toutes ces questions (le comportement d'une foule me semble absolument dingue!), j'ai très logiquement englouti ce livre avec plaisir. Même si certains aspects biographiques m'ont laissée de marbre (Mehdi Moussaïd semble très sympathique, mais j'avoue que les détails de ses déménagements ou la façon dont il a rencontré sa femme ne m'intéressent guère), ils ne cassent pas le rythme de lecture. L'ouvrage étant de la vulgarisation, il reste parfois en surface des choses, mais il est largement référencé et la bibliographie est conséquente pour qui veut approfondir le sujet.

Pour finir, je vous conseille évidemment le blog de Mehdi Moussaïd, très qualitatif et régulièrement alimenté, ainsi que sa chaîne Youtube.

Fouloscopie, ce que la foule dit de nous
Mehdi Moussaïd
Illustré par Wozniak
humenSciences

mercredi, septembre 30 2020

Les meilleures histoires de la Quatrième dimension

Il est des couvertures qui vous inspirent immédiatement un souffle de nostalgie. Ce fut le cas pour celle de ce livre, découvert chez un bouquiniste et aussitôt embarqué. Il faut dire que la couverture de feu la collection Futurama-Superlights aux Presses de la Cité est particulièrement réussie.

Trop jeune pour Temps X, c'est dans La une est à vous que je me souviens avoir découvert La Quatrième Dimension, cette série de science fiction de Rod Serling. Son générique faisait peur à l'enfant que j'étais alors, et ses histoires aussi. Mes souvenirs vont vers des récits troublants et souvent cruels.

Je les ai retrouvés intacts en lisant ce livre, qui reprend la trame de certains des épisodes les plus emblématiques sous forme de nouvelles (dont le premier de la première saison " Where is everybody?"). On y retrouve un mélange d'étrangeté, d’inattendu, et un sentiment final toujours plus sombre. J'ai beaucoup aimé me replonger dans cette ambiance à la fois attractive et dérangeante, développée avec talent par Rod Serling.

Les meilleurs histoires de la quatrième dimension
Rod Serling
Traduit par Odile Rickin
Presses de la Cité

jeudi, septembre 24 2020

L'affaire sensible de Dupont Lajoie

L'émission Affaires Sensibles de France Inter, c'est avant tout la voix mémorable de Fabrice Drouelle. Des plus reconnaissable, parfois parodiée, elle fait selon moi beaucoup le succès du programme.
Affaires Sensibles, c'est cependant aussi une émission au contenu pertinent, passionnante et aussi bien documentée que réalisée.

L'épisode dont je parle dans ce billet (et que tu peux retrouver ici) a en outre l'avantage d'évoquer un film qui fut l'un de mes plus gros chocs de spectatrice : Dupont Lajoie.

J'ai vu Dupont Lajoie à la faveur d'une diffusion télévisée lorsque j'étais jeune. Je ne suis pas de celle qui cherche à protéger les enfants de tout contenu choquant, et mes parents ne devaient pas en être non plus car je ne pense pas que j'avais plus de 11 ou 12 ans.
Choquant, le film l'est pourtant, surtout à cet âge. C'en était même le principal but selon son réalisateur Yves Boisset, ou tout du moins, de susciter le débat.
Parfaite mise en scène du racisme ordinaire touchant l'archétype du "français moyen", il en dénonce les dérives grâce à un scénario brutal, quelques scènes que je trouve encore très dures à regarder, un cynisme fou... A cela s'ajoute un casting impeccable, avec en tête un Jean Carmet magistral dans son rôle de salop. Il m'avait terrorisée à l'époque, et reste encore aujourd'hui l'un de mes acteurs préférés.
Dupont Lajoie fait partie de mes grands souvenirs de cinéma français et j'en recommande énormément le visionnage.

L'émission de Fabrice Drouelle permet quand à elle de revenir sur le tournage mouvementé du film, dont j'ignorais tout. Le scénario s'inspirant de faits divers commis dans le sud de la France quelques temps auparavant, le sujet encore brûlant entraine des annulations d'autorisations de tournage, des dégradations, des incivilités envers les acteurs magrébins culminant avec l'agression de l'acteur Abderrhamane Benkloua qui sera contraint d'abandonner le tournage, tandis que les forces de l'ordre dissuadent l'équipe du film de porter plainte.
Le récit est absolument passionnant. C'est une vraie carte postale de l'ambiance électrique qu'il y avait en France après le premier choc pétrolier, on en apprend beaucoup.
Le documentaire est suivi par un entretien avec l'historien et enseignant Julien Gaertner, qui nous éclaire sur la figure du comédien magrébin dans le cinéma français.
Je n'ai vraiment pas senti passer cette heure d'écoute, il s'agit selon moi d'un épisode à ne pas manquer !

Dupont Lajoie
Yves Boisset
1975








Affaires sensibles
Fabrice Drouelle
France Inter

mercredi, septembre 23 2020

Je gagne toujours à la fin

Tristan-Edern Vaquette a été l'une de mes grandes découvertes littéraires de cette année. Après avoir été totalement convaincue par son tout dernier roman Du champagne, un cadavre et des putes, j'ai choisi deux de ses anciens ouvrages pour accompagner mon été.

J'ai ouvert Je gagne toujours à la fin au début de l'été et je l'ai lu comme une assoiffée.

Se déroulant dans le courant de la seconde guerre mondiale, au moment de l'occupation nazie, ce roman met en scène un héros résistant de la première heure, lui même dénommé Tristan-Edern Vaquette et narrateur de l'histoire. En suivant les aventures aussi rocambolesques qu'improbables de ce personnage volcanique et de ses 2 compères également bien déjantés, on navigue entre les nombreuses digressions de l'auteur qui saura bien prouver que, décidément, il gagne toujours à la fin.

Si j'ai commencé ma lecture plus amusée qu'interrogée, j'ai rapidement eu comme le pressentiment que les premiers chapitres n'étaient qu'un échauffement, et que quelque chose de plus grand allait bientôt me frapper. Si l'auteur prévient dès le début (et à raison) que l'action ne commence réellement qu'au chapitre 12 (p 48), c'est au chapitre 44 (p 205) que j'ai atteint un point de basculement particulièrement net.

Non pas que la première partie du roman soit légère, au contraire. Si le ton est potache et parfois emphatique, percent dès le début du roman, dans les aspirations de son narrateur, une ode à la l'évasion, un désir de grandeur, un combat contre toutes les formes d'abdication qui donnent tout son sens à la période historique choisie par l'auteur.

Cependant, ce chapitre 44 renferme un dialogue que j'ai trouvé des plus judicieux, brillant et qui m'a vraiment frappée. A ce moment là, le livre prend une autre dimension, gagne en profondeur, en noirceur, en revendication, également, quand dans le même temps son narrateur, jusqu'ici infaillible, expose enfin quelques fissures.

Sous ses airs assumés de pantalonnade, Je gagne toujours à la fin est en effet également un texte qui frappe fort et juste. Sur la société et les carcans qu'elle impose, sur les nombreuses lâchetés individuelles qui ont des conséquences sur le système. En questionnant le rapport au courage, au pouvoir ou à l'ambition, en consacrant la fin du roman à une défense pleine et entière de la liberté d'expression, l'auteur a de nouveau nourri mes interrogations sur ce sujet passionnant.

Si l'on peut être dérouté par la flamboyance grandiloquente et la théâtralité de l'ouvrage (qui reste également, et peut-être avant tout, une farce extrêmement drôle), je l'ai trouvé autant subtilement intelligent, quand il est à la fois aussi revendicatif que dénué de colère, aussi protestataire qu'implacable.

Il a confirmé à quel point croiser la trajectoire de Tristan-Edern Vaquette a été pour moi détonant et des plus profitable.

Je gagne toujours à la fin
Tristan-Edern Vaquette
Au Diable Vauvert

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