mercredi, janvier 26 2022

La Corde

La Corde est une minisérie française de 3 épisodes d'environ 50 minutes, disponible sur arte.tv.
Découverte au hasard des mes visites sur la plateforme, Je fus très rapidement happée par son intrigue mystérieuse et la puissance de ses personnages.

En Norvège, un groupe de scientifiques s’apprêtant à confirmer l'hypothèse la plus importante de leur carrière découvrent, dans la forêt qui entoure leur base, une corde, qui semble s'étirer à l'infini dans les profondeurs de la nature. Tandis qu'un groupe décide de la suivre pour découvrir ce qu'elle cache, les autres restent à la base, la série accordant autant d'importance à ceux qui partent qu'à ceux qui restent.

La Corde est une série déroutante. Par son atmosphère, son rythme, son scénario qui frôle l'absurde parfois, ses acteurs, surtout, tous absolument impeccables. Quel pari osé de réaliser une série aussi métaphorique. Pari totalement réussit pour moi qui aie vibré au rythme des circonvolutions de cette corde insensée, qui aie vécu, raisonné, rêvé, explosé de concert avec les personnages. La Corde est une série particulièrement contemplative, aux thèmes subtils et qui laisse une énorme part d'interprétation au spectateur. Si vous aimez avoir toutes les clés, passez votre chemin, ou La Corde se révélera sans doute abominablement frustrante. Si vous aimez avoir matière à réflexion, La Corde vous proposera nombre de pistes. Je fus pour ma part confrontée à l'absurde acharnement que l'on peut avoir à continuer coûte que coûte une tâche sans réel sens, à ce qu'on peut découvrir sur sa propre incapacité à faire demi-tour, à l'importance du voyage bien plus que la destination, à la nécessité parfois de laisser derrière soi ceux qui empêchent d'avancer.

Série au casting international, si je fus plus que ravie de retrouver Jean-Marc Barr, Jeanne Balibar ou Suzanne Clément, je fus également conquise par le jeu du danois Jakob Cedergren et surtout de l'israelien Tom Mercier qui m'a scotchée de bout en bout avec un jeu tellement sensible et en retenue qu'il contraste vraiment avec ce qu'on a l'habitude de voir.

Excellente surprise pour moi que cette série qui, je pense, ne convaincra pas tout le monde tant elle est atypique, mais qui mérite pourtant vraiment d'être regardée.

La Corde
Dominique Rocher
2022

mardi, juin 29 2021

La Jetée

tout a été dit je crois, sur ce court-métrage devenu une référence. Je n'ai donc pas envie de revenir sur tout ce qu'il a fait ou inspiré, car ce n'est pas le plus important.

La Jetée est bien plus qu'un film qui intéresse les étudiants en cinéma.

Regardez-le, non pas comme l'objet filmique curieux et passionnant qu'il est pourtant, mais comme l'histoire tragique, racontée de la plus belle des manières, qu'il est surtout.

Regardez-le pour l'originalité de son récit.

Regardez-le pour la profondeur de son propos.

Regardez-le pour la beauté frappante de ses images.

Regardez-le pour le parfum de fin du monde et l'extrême tristesse qu'il inspire.

Regardez-le et vous oublierez bien vite qu'il s'agit d'un photo-roman tant le mouvement est présent.

Regardez-le pour les scènes de tension quasiment insoutenables qu'il offre.

Regardez-le parce qu'il est fou, inventif, émouvant, palpitant.

Regardez-le parce que c'est une expérience bouleversante.

Regardez-le pour un battement de cils d'Hélène Châtelain.

Regardez-le car vous aussi serez hantés par cette image et finirez par avoir les yeux humides.

La Jetée
Chris Marker
1962

mercredi, février 17 2021

Érostrate for ever

Connaissez vous l'histoire d'Érostrate, monsieur Pimpon ?



C'est ainsi que l'un des derniers protagonistes d'Érostrate for ever nous introduit à l'histoire du personnage qui donne son nom au livre.
Celle de cet homme banal, voire marginal, qui voulait absolument accéder à la postérité et qui a décidé alors d'incendier le temple d'Artémis, l'une des 7 merveilles du monde antique. Simplement pour que l'on se souvienne de lui.
Celle, plus ambigüe, de cet homme né sans rien, condamné à la naissance à une vie médiocre, et qui a cherché par tous les moyens à s'en extraire.

Dans ce recueil de nouvelles, qui n'en est pas vraiment un tant elles forment un tout, Aïssa Lacheb tisse le destin d'autres Érostrate, d'autres êtres dont la vie semble déterminée sans qu'ils aient les moyens de s'en arracher, d'autres individus victimes d'un mauvais choix ou de circonstances tragiques.
5 existences terribles, 5 plongeons dans la noirceur du monde, au cœur des drames familiaux et sociétaux.
Au milieu de ces murs de ténèbres, les acteurs de ces scènes sinistres apparaissent si lumineux dans leur impuissance, si beaux dans leur résistance que la fatalité n'en est que plus amère.

Aïssa Lacheb nous livre un texte au rythme précipité, dans lequel chaque phrase semble dévorer la précédente, nous entrainant dans une course vers l'avant, hâtant les dénouements qui nous paraissent, dès le début, irrésistibles. Sa plume à la force évocatrice rare, à l'exubérance poétique est le plus parfait instrument permettant l'identification et l'empathie.

Rarement ai-je trouvé des portraits plus touchants, des personnalités plus véritables que celles d'Érostrate for ever. Rarement ai-je autant vécu, souffert, enduré avec les protagonistes des histoires que je lis.

Érostrate for ever est un livre très dur, très violent, cru et funeste, mais c'est également une lecture que je ne peux qualifier que de compassionnelle. Elle touche au cœur et parle aux tripes, elle est d'un humanisme fou. Je ne connaissais pas Aïssa Lacheb, la poésie de son écriture m'a fauchée, la construction de son livre m'a dépassée, et sa fin dantesque fut un véritable soufflet.

Érostrate for ever
Aïssa Lacheb
Au diable vauvert

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