Mot-clé - défi 12

Fil des billets - Fil des commentaires

mercredi, mars 30 2022

L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau

Le sens de l'odorat, disait-il, je n'y avais jamais pensé. Normalement, on n'y pense pas.
Mais, quand je l'ai perdu, j'ai eu l'impression d'être frappé de cécité. La vie a perdu une bonne partie de sa saveur. On ne sait pas à quel point la saveur est odeur.

Paru en 1985 et moult fois cité depuis comme une référence sur le sujet, L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau est un livre dans lequel le neurologue Oliver Sacks décrit les cas cliniques les plus étranges auxquels il a été confronté. Un peu plus de 20 cas, regroupés en 4 sections et balayant un large spectre de pathologies.
C'est un livre que j'avais envie de lire depuis longtemps, j'ai donc été très contente qu'il me soit conseillé par Dimitri Reigner (j'avoue que ça n'a rien à voir, mais si tu ne connais pas son boulot, n'hésite pas à t'abonner à sa newsletter) dans le cadre de mon challenge 12 mois, 12 livres, 12 (masto)potes.

Livre à la fois passionnant et émouvant, je l'ai dévoré. Oliver Sacks est un excellent vulgarisateur, qui a su choisir avec soin ses anecdotes, offrant une cohérence et un véritable parcours de découverte tout au long de la lecture. Bien qu'il accuse le coup des années (beaucoup d'avancées ont été faite sur ces sujets depuis) il frappe par la formidable bienveillance qui se dégage de ce médecin dont la préoccupation principale n'est pas de guérir ses patients mais plutôt de les rendre heureux.

Plongée passionnante dans les méandres du cerveau humain, il a la grande qualité de mettre en avant une branche de la médecine encore et toujours tenue à l'écart du grand public, et négligée par une société obsédée par la normalité.

L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau
Oliver Sacks
Traduit par Édith de la Héronnière
Points - Seuil

mercredi, février 16 2022

Je m'en vais

Je m'en vais, dit Ferrer, je te quitte. Je te laisse tout mais je pars. Et comme les yeux de Suzanne, s'égarant vers le sol, s'arrêtaient sans raison sur une prise électrique, Félix Ferrer abandonna ses clefs sur la console de l'entrée. Puis il boutonna son manteau avant de sortir en refermant doucement la porte du pavillon.

J'ai lu ce livre dans le cadre d'un petit défi que je me suis lancé cette année : pendant les 12 prochains mois, lire 12 livres conseillés par 12 (masto)potes, c'est-à-dire 12 personnes issues de mes contacts sur le réseau social Mastodon (si tu m'y cherches, je suis là). Le but du jeu est de me faire sortir de ma zone de confort, et cela porte ses fruits puisque pour ce tout premier livre, Panais m'a conseillé un monument de la littérature française contemporaine que je n'avais jamais lu : Jean Echenoz, avec Je m'en vais, qui a reçu le prix Goncourt en 1999.

Je me suis rendu compte quand j'ai annoncé être en train de le lire qu'un nombre non négligeable de mes contacts appréciaient beaucoup ce livre, et Echenoz en général. Si mon avis est plus nuancé, je ne peux pas cacher avoir passé un bon moment.

En effet, Je m'en vais est assez déroutant. Je n'ai pas beaucoup accroché au personnage principal et n'ai pas été plus emballée que ça par une intrigue assez mouvante et peu étoffée, en revanche...

En revanche...

Le style de l'auteur a fini par balayer toutes mes réticences. Ce n'est pas tant l'histoire qui m'a plu, mais le ton avec lequel elle est narrée ; la désinvolture, l'ironie, l'humour omniprésent et une écriture particulièrement ciselée. J'ai aimé la façon qu'a eu l'auteur de raconter, sa façon de décrire, de nous faire voyager, le subtil détachement qui émerge de ses lignes lorsqu'il prend du recul sur ses personnages. Certaines phrases sont des bijoux de raffinement, et l'atmosphère générale est des plus réjouissantes. L'ombre d'Echenoz est présente à chaque page.

Le roman étant suivi d'un entretien avec l'auteur (Dans l'atelier de l'écrivain), cela a fini de me convaincre : je n'ai peut-être pas complètement réussi ma rencontre avec Je m'en vais, mais j'ai totalement réussi celle avec Echenoz.


Je m'en vais
Jean Echenoz
Les éditions de minuit

Haut de page