Mot-clé - Horreur

Fil des billets - Fil des commentaires

samedi, août 7 2021

Métaphysique de la viande

Après avoir été soufflée par le formidable Images de la fin du monde et alors que la suite est attendue pour septembre, je suis revenue un peu en arrière dans la carrière de Christophe Siébert en m'attaquant à l'infernal Métaphysique de la viande, un livre ayant obtenu le prix Sade en 2019.

Celui-ci regroupe deux courts romans parus précédemment : Nuit Noire et Paranoïa, deux textes noirs, et même très très noirs, dans des registres pourtant forts différents.
Quand Nuit Noire est un parfait livre d'horreur relatant l'entièreté de l'existence d'un tueur en série, en détaillant sans aucune retenue toute l'étendue de ses monstrueux fantasmes et de ses passages à l'acte, Paranoïa est quand à lui à la frontière entre le polar, le fantastique voir le mythologique, avec cependant une (très) bonne dose d'horreur également, et nous conte une histoire désordonnée et précipitée, assez impossible à résumer, entre meurtres et complotisme sur fond de fin du monde.

Commencer par Nuit Noire est une furieuse expérience. C'est un court roman cru, violent à l'extrême. On peut même sans exagérer employer des mots comme épouvantable, exécrable ou repoussant tant il évacue l'idée même d'un quelconque tabou. Cela constitue donc le parfait écrin pour que l'écriture très sensitive (et même organique) de Siébert s'épanouisse dans les détails les plus sordides, donnant corps (touchers, odeurs...) à cette litanie de scènes abjectes.
Cependant, le summum arrivant assez rapidement dans l'histoire, on se sent très vite anesthésié quant au niveau de dégueulasserie auquel on est confronté.
C'est plutôt au milieu de l'ouvrage que l'on finit par être rattrapé, voire frappé, par l'étrange rythme qui se dégage de l'ensemble. Au-delà des pensées déviantes du tueur, ses mots et ses actions, répétés jusqu'à l’écœurement, finissent par tisser une sorte de poésie sordide, dans laquelle ma raison et mon envie de compréhension se sont effacées face à une étrange, une inqualifiable esthétique.

En comparaison, Paranoïa est beaucoup plus délirant, et si les scènes infernales y sont également légion, l'aspect bien plus hallucinatoire de l'histoire désamorce une partie des sentiments qu'elles inspirent, et c'est surtout l'ambiance très malsaine et poisseuse qui finit par prédominer.

Si le premier m'a plus emballé que le second, j'ai retrouvé dans les deux la volonté de cet auteur de plonger bien au fond des plus sombres aspects de ses personnages, de livrer au lecteur leur folie autant que leur médiocrité, sans compromis ou compassion. J'y ai retrouvé également sa formidable écriture aussi précise qu'invocatrice, qui, à mon avis, s'épanouira plus encore dans Images de la fin du monde...
Une lecture éprouvante donc, qui met les sens et la raison à rude épreuve, qui fait vriller (un peu) et qui répugne (beaucoup) mais pour le fond de son propos bien plus que pour son horreur frontale.

Métaphysique de la viande
Christophe Siébert
Au Diable Vauvert

mercredi, janvier 27 2021

La confrérie des mutilés

Je ne me rappelle plus comment j'ai entendu parler de La confrérie des mutilés. Toujours est-il que je pensais avoir à faire avec un roman policier un peu trashouille puisqu'il aborde le monde très (ré)créatif de la mutilation.
Il narre l'histoire d'un détective privé qui, après avoir perdu l'une de ses mains, se retrouve embauché par une drôle de société secrète qui base son culte sur la mutilation volontaire afin d'élucider le meurtre qui vient de les toucher. Ceci n'est cependant que le point de départ d'une intrigue alambiquée, d'une véritable descente aux enfers faisant la part belle à la dégradation des corps et des esprits (apotemnophobe, passe -vraiment- ton chemin).

Au final, La confrérie des mutilés, c'est tellement plus qu'un polar ! C'est un roman drôle, déjà. Très drôle même. Un texte assez extraordinaire dans lequel se mêle l'absurde et la poésie, la folie et la fureur. Un tourbillon d'aberration, poussant à l'extrême le fanatisme (religieux, essentiellement). C'est un roman féroce, très très féroce et bien plus subtile qu'on pourrait le croire, un texte qui dénonce, qui accuse, qui dresse un bilan bien peu glorieux de la nature humaine.

L'écriture de Brian Evenson est extrêmement clinique et particulièrement démonstrative... Si tu te lances dans cette lecture, assure toi d'abord d'avoir le cœur bien accroché et l'estomac en place, car l'auteur va se faire un malin plaisir de te déstabiliser, de te positionner dans le rôle du voyeur, de titiller ton côté malsain.

Mais tu vas ressortir de tout ça en ayant parcouru un chemin très enrichissant bien que dérangeant, et tu vas rire !

La confrérie des mutilés
Brian Evenson
Traduit par Françoise Smith
Le Cherche Midi - Lot 49

Haut de page