mercredi, septembre 23 2020

Je ne suis pas Charlie (Je suis Vaquette)

J'ai terminé mon été comme je l'ai commencé. En lisant avec appétit Tristan-Edern Vaquette.

Je ne suis pas Charlie (Je suis Vaquette) est un court texte écrit dans la foulé des attentats de Charlie Hebdo, tentant de revenir avec lucidité sur ce qui a posé problème dans le traitement de ces événements. Porté par une écriture, certes vindicative, mais évitant de tomber dans l'aigreur, ce texte met en exergue l'immense hypocrisie qui a suivi ces épisodes bouleversants et interroge sur les causes profondes qui ont pu mener à de telles extrémités.

Je ne sais pas si on peut lire ce texte sans s'interroger sur ses propres sentiments de l'époque. Je n'ai pour ma part pas pu.
Je me rappelle encore où j'étais quand les nouvelles ont commencé à m'arriver.
Je me rappelle dans quel état de stupeur je me suis retrouvée.
Je me rappelle avoir été Charlie sans y réfléchir vraiment, réagissant avec émotion, en étant incapable d'avoir le recule nécessaire sur les choses.
Je me rappelle ne pas avoir marché... ne pas avoir compris ce cortège de puissants, mais avoir cependant été émue par les rassemblements d'anonymes.
Je me rappelle ne pas m'être réjouie du tout de la mort des frères Kouachi comme je ne me réjouie jamais d'un assassinat quel qu'il soit.
Je me rappelle d'un sentiment de malaise constant.

Je ne sais pas comment j'aurais reçu le texte de Vaquette au moment de sa sortie. Il aurait sans doute été trop tôt. Si j'ai pu sentir à l'époque comme une odeur de manipulation dans l'air, j'étais trop en proie à mes émotions pour raisonner correctement. Bien sûr, avec le recul, 5 ans après les faits, et à présent que cet événement, entre autre, a servi de prétexte à voter de plus en plus de lois liberticides, il m'est impossible de ne pas pointer les mensonges servis à ce moment là.
Vaquette les égraine tous, sans rage, mais avec la perspicacité provocatrice qui émane de chacun de ses écrits. Si cette histoire est idéale pour qu'il aborde en profondeur son sujet de prédilection (la défense de la liberté d'expression, pour ceux qui ne suivent pas), il propose également une analyse extrêmement avisée des ressorts sociétaux ayant abouti à cette situation, et de l'instrumentalisation qui en a été fait.

Il se fait alors la voix de ceux qui ne réduisent pas ces attentats à un problème de caricatures. De ceux qui ont rejeté le détournement d'un mouvement à des fins de propagation de la peur, et donc, de plus de contrôle. De ceux qui, décidément, ne pouvaient pas se sentir Charlie, quand c'est le contraire même de l'esprit originel du journal.

Cri du cœur écrit avec discernement, plaidoyer libertaire, ce texte entre en parfaite résonance avec la situation sanitaire actuelle, dans ce que la crainte qu'elle inspire sert de prétexte pour restreindre toujours plus les droits fondamentaux.

Il n'en a été que plus savoureux...

A noter qu'il est suivi de deux "bonus" de quelques pages chacun :

- Mon éditeur est un enculé, dénonçant allègrement l'hypocrisie qui règne dans un certain milieu de l'édition (pour connaitre un tant soit peu ce milieu, il cogne oui, mais plutôt à raison !)

- Vaquette fait la manche, texte écrit sur la page d'appel au don de l'auteur, permettant d'aborder le sujet de la valeur morale et sociétale du travail d'un artiste.

Je ne suis pas Charlie (je suis Vaquette)
Tristan-Edern Vaquette
Du Poignon Productions

mercredi, septembre 16 2020

Jusqu'ici tout allait bien...

Dans la lignée de son précédent album, Contes ordinaires d'une société résignée, Ersin Karabulut m'a de nouveau offert un moment de lecture éprouvant.
Ce chef de file de la BD satirique turque nous propose en effet 9 nouveaux contes cruels.

Maîtrisant à la perfection la dystopie, il continue de nous interroger sur la société telle qu'on la connait en partant d'une situation souvent ubuesque pour en imaginer les conséquences les plus extrêmes.
Que se passerait-il, en effet, si le gouvernement nous apprenait à vivre dès la naissance avec une pierre ne devant jamais au grand jamais être posée? Si un bébé ne pouvant pas naître (et s'avérant être un vrai connard) grandissait indéfiniment dans le corps de sa mère ? Si on finissait par privatiser l'oxygène, voir même la pesanteur ?

Au milieu du cynisme et de la férocité du monde dénoncé, une thématique revient comme un écho : la famille. Parfois, mais rarement, présentée comme le dernier cocon protecteur face à tant d'absurdité, le foyer est plus majoritairement une source d'angoisse, de danger, et les personnages se rendent compte qu'ils n'y trouveront pas le refuge espéré.
Toujours aussi violent et dérangeant, Jusqu'ici tout allait bien... est aussi teinté d'un humour extrêmement noir.

La qualité graphique de l'ouvrage est en outre excellente. L'auteur possède un trait varié mais toujours d'une finesse inouïe, et dessine particulièrement bien une foultitude de visages dont les expressions peuvent refléter de l'angélisme le plus sincère jusqu'à l'immoralité la plus crasse.

Comme son précédent album, Jusqu'ici tout allait bien... est pour moi un vrai coup de cœur, confirmant mon envie sincère de voir Ersin Karabulut être encore plus lu et reconnu.

Jusqu'ici tout allait bien...
Ersin Karabulut
Adapté par Didier Pasamonik
Fluide Glacial

mercredi, septembre 9 2020

Le roi est mort

Prologue
1942

La liberté ! Pour quoi faire ?

Commençant par ces mots, j'ai tout de suite su que L'Adieu au roi, de Pierre Schoendoerffer, serait une lecture marquante.

Au fin fond des forêts de Bornéo, en 1942, un sergent fou se prend pour un roi.
Roi de peu, d'une maigre bande d'autochtones qu'il nomme les commanches.
Fou de peur, de cette jungle poisseuse et visqueuse, et de l'abîme que cache ses yeux gris.
Au fin fond de cette jungle, en 1945, un capitaine anglais des forces spéciales est chargé d'entrer en contact avec les indigènes pour préparer la reconquête par la force de ce territoire occupé par les japonais.
Il va se lier au roi fou pour accomplir cette sanglante tâche.

L'Adieu au roi est avant tout le récit d'une agonie. Celle de l'armée japonaise à Bornéo, qui sera méticuleusement massacrée. La guerre dans toute son horreur et sa déshumanisation, pendant que d'autres se réjouissent.
L'agonie du sens également, et de l'humanité, quand la fureur du roi fou prend le pas sur toute forme de raison.
L'agonie de la loyauté, enfin, quand la trahison s'avère la seule issue possible de cette fuite éperdue en avant.

L'Adieu au roi est un texte d'une force incommensurable. Évoquant tour à tour la grandeur et la décadence de l'humanité dans une danse macabre, beaucoup de ses passages frappent fort.
Sondant les abîmes de la nature humaine, retranchant le lecteur dans son rôle de témoin impuissant d'une déchéance, il interroge sur les moyens employés pour parvenir à ses fins.
Absolument bouleversant du début à la fin, l'Adieu au roi est sans nul doute de ces textes qui interrogent.

L'Adieu au Roi
Pierre Schoendoerffer
Grasset

mardi, août 25 2020

Les Rois du rock

Je vous conseille très fortement Les Rois du rock de Thierry "Cochran" Pelletier, paru aux éditions Libertalia. Un recueil de nouvelles autobiographiques illustrées contant ses souvenirs de jeunesse, entre excès et amour du rock'n'roll, dans le Paris alternatif des années 80.

On y suit les pas de nombres de personnages émouvants, trainant de bar en squat, de concerts en bastons, brulant une vie qu'ils aiment sans doute trop pour la supporter médiocre, et qu'ils semblent ne pas savoir par quel bout prendre.

Lucide sur ces périodes d'errance, il fait le compte de ceux qui ne sont plus là, les raconte sans concession, sans apologie mais avec une vraie tendresse et la furieuse affection qui déborde à chaque portrait qu'il fait des amitiés qu'il a forgées à l'époque.

Récits du cœur et surtout du ventre, histoire crue de ceux qui ont fait le choix de vivre sans compromis, Les Rois du rock m'a émue aux larmes.

Les rois du rock
Thierry Pelletier
Editions Libertalia

lundi, août 17 2020

Surprise nocturne

J'ai vu cette nuit le film Making oFF, de Cedric Dupuis, présent sur la plateforme Shadowz.

Il s'agit d'une comédie horrifique française, très gore, au budget minimaliste. Les premières minutes m'ont fait craindre une catastrophe, mais elle s'est avérée au final une bonne surprise : à la fois drôle et dérangeant.

Par contre attention c'est extrêmement EXTRÊMEMENT cradingue. Ai-je eu des hauts le cœur pendant une certaine scène ? C'est possible... (ceux qui connaissent mes limites pourront en deviner la nature).

Cependant, même avec de telles extrémités et des comédiens encore en devenir pour la plupart, le film ne tombe pas dans la lourdeur. Il y a des choses intéressantes. Ce n'est pas aussi gratuit qu'on voudrait bien le croire et la satyre est belle et bien présente.

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