jeudi, septembre 29 2022

L'ange du prolétariat, une vie du Youri Gargarine

Après le bien intéressant PHIL, biographie de Philip K. Dick (dont j'ai parlé sur mon ancien blog), je retrouve les éditions 21g, spécialistes de la question, pour découvrir la vie d'un autre grand homme : Youri Gagarine.

Qui ne connaît pas Gagarine ? Peu de monde, j'imagine, tant son nom est cité dès que l'on parle de l'histoire de la conquête spatiale. Mais qui le connaît vraiment ?
Qui sait par exemple qu'il a été présélectionné, entre autres, parce qu'il n'était pas très grand ? Qui sait qu'après son exploit, il n'est au final jamais retourné dans l'espace ? Qui sait vraiment quelle a été la vie du premier homme dans l'espace ?

Je me suis vraiment passionnée pour la question à la lecture de cet album qui s'attarde également beaucoup sur le contexte historique et la course que se livraient alors l'URSS et les États-Unis. Le destin tragique de Gagarine est remarquablement raconté dans le scénario d'Alex Nikolavitch.
Porté par le trait clair de Félix Ruiz, L'ange du prolétariat est de plus un album très réussi graphiquement, original dans ses couleurs et aux pages de garde à l'image de sa couverture : splendides.

L'ange du prolétariat, une vie de Youri Gagarine
Alex Nikolavitch (scénario)
Felix Ruiz (illustration)
21g

dimanche, septembre 25 2022

La station K

Depuis que je connais l'existence du métro fantôme de Noisy-Le-Grand, à deux pas de chez moi, depuis que je connais l'histoire assez incroyable de ce drôle de gâchis, je rêve de descendre un jour découvrir la station de mes yeux.

C'est chose faite grâce aux journées du patrimoine, et ce fut une sacrée expérience de concrétiser enfin ce souhait.

L'espace est très dégradé à présent, et son état tel quel compté car un projet de réhabilitation semble bien avancé.

Ce fut tout de même très émouvant de découvrir l'atmosphère incroyable qui se dégage de ce lieu.

mercredi, septembre 21 2022

Vango, T1 : Entre ciel et terre

Il avait beau vivre la plupart du temps dans les airs, ses pieds restaient enfoncés dans sa terre. Il avait peur pour son pays.
Une lente et tragique dérive.
Il fallait faire quelque chose. De petits gestes. Presque rien. Une petite résistance, un léger frottement, pour freiner la chute.
Il appelait cela la résistance de l'air.

J'ai lu Vango dans le cadre de mon challenge 12 mois, 12 livres, 12 (masto)potes, il m'a été recommandé par Monsieur B. que je remercie énormément.
Comme je l'ai déjà évoqué dans mon billet sur Le fil du destin, je n'ai pas vraiment l'habitude de lire de la littérature jeunesse, j'ai donc toujours un peu d'appréhension avant de me lancer.

Avec "Vango", Timothée de Fombelle a choisi cependant de s'éloigner du roman d'initiation pour embrasser tous les attraits du roman d'aventures : un héros attachant et mystérieux, beaucoup de secrets, de l'action, le tout avec une certaine légèreté. Plaçant tout de même son histoire au coeur de l'Europe des années 30 (une époque évidemment chargée en évènements tragiques qui sont un des points d'ancrage du récit), il parvient également à introduire des enjeux forts et une vraie tension dramatique autour du destin de son personnage principal.
Le jeune Vango lance ses aventures par sa fuite à Paris, alors qu'il allait se faire ordonner prêtre, accusé d'un crime qu'il n'a (évidemment pour l'intérêt de l'histoire) pas commis. Poursuivi par la police française mais également par des hommes mystérieux, il lui faut réussir à se sortir de ce mauvais pas en perçant le mystère de sa naissance (qui pourrait bien être la clé pour résoudre ses problèmes).

Pour être honnête, je n'ai pas trouvé le récit d'une folle originalité. Son intérêt réside plutôt dans le contexte historique dans lequel il est placé, ainsi que dans la parfaite maîtrise de l'auteur de ses personnages et du rythme de ses actions.
On ne s'ennuie pas en lisant Vango. On est transporté, on peut sans doute en apprendre plus sur cette époque, et l'auteur distille exactement la bonne dose de mystères et de résolutions pour garder intact l'envie de lire la suite.

S'il m'a encore une fois manqué ce qui fait que je m'investis complètement dans une lecture, je reste emballée par la qualité de ce roman jeunesse, assez exigeant, et d'ailleurs sans doute parfois difficilement accessible (ma nièce ne m'a pas caché qu'elle avait abandonné sa lecture, ayant été perdue par les différentes temporalités du récit).
Je le conseille donc à qui a besoin de s'évader intelligemment.

Vango
T1 : Entre ciel et terre
Timothée de Fombelle
Gallimard Jeunesse

mercredi, septembre 14 2022

AlphaGo

Depuis le temps[1]... j'ai enfin regardé AlphaGo, ce documentaire qui revient sur l'histoire du programme d'intelligence artificielle développé par DeepMind (appartenant à Google), ayant disputé un duel contre l'un des meilleurs joueurs de Go du monde : Lee Sedol.
Si vous vous intéressez un peu au sujet, vous connaissez forcément l'histoire et son issue. Je la connaissais, et cela ne m'a pas empêchée d'être en tension la majorité du temps.
Dans ce documentaire, Greg Kohs parvient à raconter une croisade, à faire monter le suspens, retranscrire les enjeux, nous plonger au coeur de l'action, qui, si peu spectaculaire qu'elle puisse paraître, n'en est pas moins impressionnante.

En présentant les coulisses de l'affrontement, AlphaGo nous énonce tous les enjeux liés à ce type d'évènement, tant scientifiques que philosophiques, ce qui n'est pas négligeable quand on touche à l'intelligence artificielle. En mettant en avant l'équipe de DeepMind, il évite l'écueil qu'aurait été une trop grande personnification d'AlphaGo qui est et restera un programme informatique, aussi brillant soit-il. L'ensemble des protagonistes et la façon dont leurs propres motivations et doutes sont abordés fait d'ailleurs tout l'intérêt du film.

AlphaGo est un film passionnant, parfaitement accessible et très enrichissant ; au final, très humain.

AlphaGo
Greg Kohs 
2017

Note

[1] et maintenant qu'il est facilement trouvable...

mercredi, septembre 7 2022

Les fils de l'homme

- Oui. La colonie pénitentiaire de Man. Vous savez ce qui s'y passe ? Vous êtes au courant des meurtres, de la famine, de l'anarchie galopante ?
- Oui, fit Xan. La question est de savoir comment toi, tu es au courant ?"
Theo ne répondit pas. La question impliquait une menace dont il avait pleinenement conscience.

Des Fils de l'homme, j'ai surtout entendu parler (en bien) du film de Alfonso Cuarón, que je n'ai pas vu[1]. Une histoire d'anticipation sombre, une humanité stérile...
J'ai ensuite trouvé le livre de P.D. James au hasard de mes fouilles dans une librairie d'occasion. J'ignorais totalement que le film était inspiré d'un livre de cette grande dame du roman policier, et, si j'ai lu dans mes jeunes années quelques-unes de ses œuvres, j'ignorais également qu'elle s'était frottée au genre fantastique. Forte de ces découvertes, j'ai immédiatement eu envie de le lire.

Les fils de l'homme est donc un roman d'anticipation écrit en 1992 et se déroulant en Angleterre en 2001. Quand l'intrigue commence, le dernier humain né sur terre vient de mourir à l'âge de 25 ans. 25 ans donc, sans aucune nouvelle grossesse : l'humanité est mourante, condamnée. Le gouvernement a profité de ce désespoir et de la peur qu'il engendre pour instaurer un régime dictatorial, sous la coupe du Gouverneur Xan Lyppiatt. Le protagoniste principal de l'histoire en est le cousin. Ayant renoncé à un poste à responsabilités, il est historien et est bientôt abordé par un groupuscule de résistants.

Je n'en dirai pas plus sur l'histoire, ni sur l'élément central qui se retrouve aussi dans le film [2](sait-on jamais...). Ce n'est honnêtement pas cela qui m'a le plus marqué. J'ai surtout été épatée par l'immense dimension politique et sociétale de l'ouvrage. En effet, P.D. James a savamment décortiqué les impacts sociaux que l'épidémie de stérilité a engendrés.
Que dire de l'évolution des membres de la dernière génération, qui, fatalement élevés au rang de miracles, sont devenus des tyrans ? Condamnés à ne pas trouver de sens à leur arrivée sur Terre, ils laissent libre cours à leur brutalité.
Que dire de ce qui reste de l'humanité qui, désespéré, s'agglutine dans les villes pour y trouver un semblant de repères faussement rassurants ? Sans espoir aucun, sans transmission possible, les gens perdent peu à peu le goût du changement jusqu'à en développer une peur panique.
Que dire du gouvernement en place qui, aussi totalitaire que lâche, se borne à maintenir un semblant de normalité, de constance dans un monde qui court à sa perte ? Sans résistance ou presque, il ne lui est pas difficile de conserver son hégémonie en instillant l'idée d'une stabilité illusoire, entretenue par des choix intolérables.

C'est donc une ambiance assez désespérée qui s'offre à nous. Le roman garde certains codes du thriller comme un rythme qui s'accélère et des rebondissements qui dynamisent la lecture et m'ont tenue en haleine, tournant les pages, avalant les lignes, cherchant des réponses... jusqu'à une fin assez brutale, qui prolonge les réflexions au-delà de la lecture.

Les fils de l'homme est un excellent livre, si on n'a pas peur de se frotter à la désespérance. Intelligent et réaliste, il secoue profondément et interroge...

Les fils de l'homme 
P.D. James
Traduit par Éric Diacon
Fayard/Le livre de poche

Notes

[1] J'ai bien l'intention de le voir, mais j'écris volontairement cette chronique avant.

[2] J'ai cependant l'impression que l'adaptation s'éloigne significativement de son matériau d'origine.

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