mercredi, novembre 23 2022

Mes Vrais Enfants

"Oh, Mark... Si c'est maintenant ou jamais, alors...

Lu dans le cadre de mon challenge 12 mois, 12 livres, 12 (masto)potes, c'est bien grâce à Ezelty que j'ai eu la chance de découvrir ce livre de Jo Walton et je l'en remercie beaucoup car je l'ai beaucoup apprécié.
Me voilà un peu partagée au moment d'en parler parce que je me demande s'il n'est pas préférable de ne rien savoir sur ce livre... La 4ème de couverture elle-même en dit trop, à mon avis. Je vais donc prendre le parti de n'absolument rien dévoiler de son intrigue, ni de sa construction. Juste ça : Mes vrais enfants narre l'histoire d'une femme dans l'Angleterre du XXème siècle, et c'est une uchronie. Je vous assure qu'avec ça, je ne soulève rien de ce qui fait de ce livre une œuvre incomparable... ce que je préfèrerais voir découvert à la lecture.

Mes vrais enfants est un livre remarquable dans son écriture comme dans son propos. Un livre ambitieux dans sa construction. Il passe de la dystopie à l'utopie dans un équilibre parfait, mêlant récit personnel et historique dans un subtil mélange. C'est également un récit d'une très grande profondeur sociétale, résolument féministe, et tourné vers la quête de la parentalité et de la transmission.
L'écriture claire et très descriptive de Jo Walton le rend particulièrement agréable à lire, et si j'ai parfois pensé que certains personnages ou situations manquaient de nuances, c'est l'ensemble et ce à quoi il mène qui est admirable.

En effet, l'entièreté du récit est construite pour attirer le lecteur dans une fin bouleversante, le plongeant dans un abîme de réflexions.
Encore une fois, Mes vrais enfants est le type d'ouvrage que j'affectionne particulièrement, car il ne se contente pas de raconter, il questionne aussi beaucoup. J'ai d'ailleurs eu la grande chance d'écouter l'auteur lors de 2 tables rondes aux Utopiales, et je n'ai pas été étonnée de découvrir une personne aussi passionnante à écouter qu'à lire.

Mes Vrais Enfants
Jo Walton
Traduit par Florence Dolisi
Donoël / Lunes d'encre

dimanche, novembre 20 2022

H Positive

Peut-être avez-vous déjà entendu parler de l'Euthanasia Coaster ? ce concept de montagnes russes imaginé par Julijonas Urbonas et "conçu pour ôter humainement - avec élégance et euphorie - la vie d'un être humain", selon son concepteur. Il commencerait par une montée de plus de 500 mètres de haut, suivi par une chute brusque et 7 boucles qui plongeraient les passagers dans une hypoxie cérébrale prolongée et donc fatale.

Si le projet en lui-même a le mérite de questionner la fin de vie, le court-métrage de Glenn Paton permet de poser des mots et des images fortes sur ces réflexions. Vraiment court (guère plus de 5 minutes), il met en scène le monologue directement adressé au spectateur de Mark, un homme apparemment riche, puissant et en forme (formidable Roger Barclay) qui, se sachant condamné, se fait construire le funeste Roaler Coaster afin de partir avec panache. Mark n'est pas un homme sympathique, mais l'archétype d'un puissant comme on les imagine : mégalomane, cynique, dénué d'empathie... sa volonté assumée de vouloir maîtriser sa mort pour qu'elle soit aussi hors du commun qu'il estime être sa vie suffit même à dépeindre le personnage.

Doté d'un budget conséquent et d'un montage hypnotique, maitrisé de bout en bout, intrigant, dérangeant et riche de réflexion, H positive est l'exemple par excellence du type d'œuvre que j'adore : très court qui frappe très fort.

+H Positive
Glenn Paton
2015

mercredi, novembre 16 2022

Traduire Hitler

C'est sur ces bases que le véritable débat s'engagea aussi à la fin 2015 : loin des polémiques s'installa une saine et légitime discussion entre historiens, journalistes et intellectuels. Quelle était l'utilité de publier une nouvelle traduction et une édition critique d'un livre pareil ? Quels en étaient les risques, quels en seraient les avantages ? Et surtout, pourquoi ce livre soulevait-il tant de questions ?


En ces temps troublés en ligne, s'il y a une chose que je dois concéder aux réseaux sociaux, c'est bien la lumière qu'ils m'ont permis de mettre sur un métier auquel je ne m'étais pas intéressé avant d'être blogueuse : la traduction littéraire. C'est en effet en côtoyant des personnes exerçant ce métier et en lisant les retours qu'elles font sur leur travail que j'ai commencé à me rendre compte de l'importance et de l'implication qu'il entraîne.

Olivier Mannoni fait partie de ceux-là. Traducteur de l'allemand, spécialisé dans les textes sur le IIIème Reich, c'est à lui que la maison d'édition Fayard s'adresse quand le projet d'une nouvelle édition de Mein Kampf voit le jour. Le projet de traduction évolue cependant, alors que, sous l'impulsion de l'historien Florent Brayard, nouveau directeur de publication, il lui est demandé, non pas de rendre le texte le plus compréhensible possible, mais plutôt de le rendre à son état d'origine : confus, parsemé de nombreuses fautes, redondances et incohérences, parfois quasiment illisible. Le texte sera alors publié accompagné d'un appareil critique très fourni, sans que son titre apparaisse.
Alors que l'ouvrage est paru en mai 2021 sous le titre Historiciser le mal, Olivier Mannoni revient dans ce court essai sur le long processus de traduction qu'il a demandé et sur les polémiques qui ont jalonné le projet.

Le cas de Mein Kampf ne pouvait être plus parfait pour mettre en avant le travail de traduction tant Olivier Mannoni réussi à nous faire comprendre à quel point le verbe, le style, les expressions d'Hitler sont utilisés pour faire passer ses idées abjectes par de nombreux procédés sémantiques. La traduction avait donc aussi pour enjeu de mettre à jour ces manigances qui se cachent pourtant dans la langue même. Le chemin fut long et éprouvant, et l'auteur évoque précisément les effets que ce travail a eus sur sa vie.

Alors, fallait-il rééditer Hitler ?
La polémique a enflé et l'auteur y répond parfaitement, avec mesure et justesse.
Oui, il fallait le faire.
Oui, il fallait se pencher sur les méthodes d'Hitler.
Oui, il fallait faire en sorte qu'il soit possible de comprendre, et de se souvenir.
En effet, alors qu'il évoque, dans la dernière partie de l'ouvrage, comment des échos lugubres à tout ceci se font de nouveau entendre de plus en plus, son analyse en est d'autant plus pertinente, quand les mêmes procédés rhétoriques semblent entraîner les mêmes effroyables conséquences.

Traduire Hitler est un ouvrage remarquable, aussi intelligent que juste. Le genre d'ouvrage qui réussit avec brio, en un peu plus de 100 pages, à enrichir le lecteur sur de nombreux sujets, éclairant le présent à la lumière de l'histoire.

Traduire Hitler
Olivier Mannoni
Héloïse d'Ormesson



mercredi, novembre 9 2022

Retour sur les Utopiales 2022


Depuis le temps que je voulais le faire, j'ai enfin trouvé le temps, cette année, d'aller visiter le festival des Utopiales, festival international de science-fiction qui a eu lieu à Nantes pour la 22ème année. Le comble tout de même, pour une Nantaise d'origine, d'avoir mis tant de temps à se décider. J'étais sans doute impressionnée par l'ampleur du bousin, à raison, tant il est riche de contenu.
Sans grande surprise, j'ai rapidement été déstabilisée par la quantité de monde et les contraintes d'organisation mais heureusement surprise par la très bonne ambiance, et l'atmosphère d'ébullition que j'ai ressentie tout au long des 4 jours de festival.
Je ne vais pas revenir sur l'entièreté de mon parcours, c'est un peu long et sans grand intérêt mais mettre en avant ce qui m'a le plus séduit. Sachez cependant que, si j'y allais essentiellement pour les auteurs, livres et bandes dessinées, ce sont d'autres types de contenus qui m'ont le plus épatée.

Marc-Antoine Mathieu


Si j'avais déjà gouté au travail de ce graphiste, c'est vraiment grâce au festival que j'ai pu découvrir l'entièreté de son talent. Il a en effet particulièrement été mis en avant puisqu'il signe l'affiche du festival (que je trouve splendide), et qu'une exposition épatante lui a été consacrée. J'ai adoré plonger dans son univers tortueux, me perdre dans ses labyrinthes absurdes dans lesquels on est confronté au manque de sens et à l'ineptie de la vie. J'ai de plus eu l'occasion de l'écouter lors d'une table ronde de grande qualité ayant pour sujet Kafka (avec les également très brillants Xavier Mauméjan et Christophe Siébert (lisez ses livres !)) et j'ai beaucoup apprécié la pertinence de ses propos et l'intelligence de ses réflexions.


Le ciné-expérience Cell Worlds


Incroyable évènement qui a eu lieu le samedi après-midi et qui a mobilisé une foule de curieux. La fil d'attente s'est étirée bien avant l'heure et j'ai eu l'impression que l'organisation semblait un peu débordée par le succès. Très bonne ambiance cependant et j'ai vraiment été ravie de voir une salle pleine à craquer pour découvrir le court-métrage dont je vous ai parlé il n'y a pas si longtemps. En plus de l'expérience de projection pendant laquelle les commentaires étaient dits en direct, nous avons pu assister à un échange avec des chercheurs et à un concert de Youenn Lerb, qui signe la bande originale. Coup de cœur pour cet artiste aussi talentueux que généreux, découvrir des chansons et images inédites fut l'apothéose de cette session !

Les courts-métrages


Mon seul regret du festival est de n'avoir assisté qu'à deux des sessions de courts-métrages sur les 4 qu'il a compté (d'autant plus que je n'ai pas vu le court-métrage qui a raflé tous les prix !) tant la sélection que j'ai vue m'a plu. C'était qualitatif et éclectique, mélangeant des petites productions à des projets plus ambitieux, balayant beaucoup d'univers différents, allant de la science-fiction pure et dure au fantastique en passant par la fantasy, l'horreur, l'humour... et pour beaucoup une première diffusion en France. Parmi ceux qui m'ont particulièrement marquée :

  • Apotheosis, de Max Pierce, une histoire ingénieuse de course à la performance mettant en opposition humains naturels et génétiquement modifiés.
  • While Mortals Sleep, de Alex Fofonoff, une fable horrifique dérangeante et absurde, qui commence comme un thriller pour basculer vers quelque chose de beaucoup plus perturbant !
  • Jeff, de Walter Woodman, qui parvient à nous faire entrer en empathie avec un drone de livraison sur fond de désespérance.
  • Fieldtrip, de Paul Arion & Soren Bendt Aaboe Pedersen, une excellente histoire qui réussit brillamment à condenser la lutte d'un homme contre les machines et ceux qui les emploient.
  • La machine d'Alex, de Mael le Mée, mon grand coup de cœur, parce qu'il est drôle et barré, et qu'il mêle érotisme et body horror... Seul court-métrage français que j'ai vu (les autres étaient dans les autres sessions, zut !), j'ai aimé son sujet farfelu et la façon dont il est traité, les jeunes acteurs, certes en devenir, étant particulièrement attachants.


Viking


Seul long-métrage de la compétition que nous sommes allés voir (je pense que nous avons bien choisi car il a remporté le prix du jury), Viking, du canadien Stéphane Lafleur raconte le projet loufoque d'une équipe de recherche comportementale. Alors que la première mission habitée débute sur Mars, elle est reproduite sur Terre avec autant de personnes censées être les "jumeaux émotionnels" des astronautes, afin de prévenir les éventuels problèmes que la promiscuité pourrait déclencher là-haut.
Porté par des acteurs absolument excellents (Steve Laplante en tête), c'est un petit bijou de finesse et d'humour décalé, qui appuie tout en subtilité sur de véritables considérations comme le décalage entre les rêves et leur réalité (magnifiquement illustré par la différence de moyens entre les deux missions) ou les conséquences réelles de la poursuite d'un but fantasmé.
Nous avons beaucoup, beaucoup ri tout en réfléchissant sérieusement, dans un équilibre parfait !


C'en est donc fini pour cette année, et cela m'a clairement donné envie de remettre ça l'année prochaine, si les circonstances le permettent. Vous pouvez retrouver toutes les informations autour du festival sur leur site.

samedi, novembre 5 2022

Le Soldat désaccordé

En un instant, toutes les permissions refusées défilèrent. La voix du médecin qui me dit avec la plus grande douceur dont il pouvait faire preuve que j'allais me remettre de cette amputation, que j'allais apprendre à vivre autrement et que j'allais pouvoir retourner chez moi quelques jours. Et moi. Non. Retourner chez moi. Impossible. Ma place est ici.
Ma
Place
Est
Ici.
Ma saleté de place est ici.

Entre deux guerres, un ancien combattant trop esquinté pour rester soldat est chargé de retrouver un fils perdu sur les champs de bataille. En découvrant la grande histoire d'amour de ce disparu, il se jette à corps perdu dans cette quête insensée, à la recherche d'un homme, de l'amour, de la rédemption dans un monde glissant vers une prochaine guerre.

De cette histoire bouleversante, Gilles Marchand tire un roman d'une grande poésie et d'une profonde mélancholie. Mêlant judicieusement le récit de guerre à l'enquête et à une idylle passionnée, il réussit à nous emporter dans les méandres de la progression de son personnage principal, obsédé tout autant par ses investigations que par ses propres démons.
Il réussit également parfaitement à retranscrire l'impact de la guerre sur les corps et les âmes, et l'ambiance si paradoxale de l'après-guerre, sa profonde transformation de la société.
L'écriture de Gilles Marchand est inventive et colorée, s'adaptant à merveille au réel comme à l'onirisme. Évocatrice, aussi...

Je l'ai déjà dit, les histoires d'amour m'emmerdent le plus souvent. Celle du Soldat désaccordé va cependant tellement au-delà d'une simple romance. C'est un récit aussi désespéré qu'optimiste, un véritable vortex de sentiments. Une lecture très émotionnelle.

Le soldat désaccordé
Gilles Marchand
Aux Forges de Vulcain

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