mercredi, mars 3 2021

Je n'aime pas les grands

Des forces obscures sont à l'œuvre, elles rampent dans l'ombre et se tapissent pour nous prendre à la gorge ! Nos ennemis sont prêts à toutes les bassesses, ils nous insultent et ils nous blessent ! Hélas, avons-nous le choix ? Nous devons répondre à la terreur par la terreur ! Puisque nos bourreaux ne comprennent pas le langage de la paix, nous leur inculquerons celui de la guerre ! Les masses doivent la comprendre. Nous sommes les victimes des grands qui recherchent notre échec !

Ma première rencontre avec Augustin Petit, celui qui déclame le vibrant discours que je viens de citer, s'est faite il y a quelques années, à l'occasion de l'achat d'impulsion du court roman le mettant en scène Mort aux grands ! chez cette maison d'édition qui s'appelait encore à l'époque Le peuple de Mü. Quelle ne fut pas ma surprise, en ouvrant Je n'aime pas les grands, de retrouver l'ensemble de ce premier opus suivi des autres récits formant les aventures d'Augustin Petit, et par là même une saga uchronique aussi féroce de jubilatoire.

En effet, ce roman prend part après la défaite de la France en 1919 et raconte l'ascension fulgurante d'un homme qui, au milieu du champ de ruines, saura révéler les vrais responsables : les grands.

Je n'aime pas les grands est avant tout une farce extrêmement drôle, écrit de la main plus que talentueuse d'un auteur à la fois érudit et décomplexé, dont les traits d'esprit sont aussi réjouissants que les nombreuses références humoristiques qui jalonnent et aèrent un récit à l'ampleur certaine.
Je n'aime pas les grands est également un texte d'une extrême finesse et d'une grande intelligence, qui démontre parfaitement, par un absurde pourtant sacrément crédible, les mécanismes pouvant entraîner tout un pays à adhérer aux idéologies les plus aberrantes. En cultivant le sentiment d'injustice et de vengeance, en désignant un bouc émissaire, Augustin Petit n'aura en effet pas beaucoup de mal à faire basculer son pays vers le totalitarisme.
Je n'aime pas les grands est enfin un portrait plus que réaliste d'un homme qui, incapable d'assumer sa propre médiocrité, fera porter aux autres la responsabilité de ses faiblesses, et qui, sous prétexte d'avoir été opprimé lui-même, profitera de la première possibilité qu'il se sera donné pour transposer cette oppression sur les autres. Le genre de personne méprisable que l'on a tous rencontré au cours de notre vie.

Je vous conseille donc vraiment de découvrir ce roman qui est, de plus, particulièrement d'actualité !

Je n'aime pas les grands
Pierre Léauté 
Mnémos/Mu

dimanche, février 28 2021

Aspirations

Découvert par hasard, je ne peux que vous conseiller ce court métrage d'Aude Gogny-Goubert qui narre la rencontre entre une jeune femme fascinée et une actrice ambigüe, objet de sa fascination.
L'histoire est très habile, très subtile. L'intrigue tient sur quelques heures.
Les deux actrices principales sont vraiment impeccables, dans leur jeu, dans leurs regards, dans leurs silences.
La réalisation est soignée, elle nous plonge dans une atmosphère feutrée très en phase avec le propos.

Bref, une vraie belle surprise pour moi !

Aspirations
Aude Gogny-Goubert
2019

mercredi, février 24 2021

Les maths font leur cinéma

Cela faisait un moment que je n'avais pas parlé de maths ! Non ? Si !
Ce n'est même pas (encore) mon habitude sur ce blog. Je vais donc rectifier de ce pas cet oubli en vous parlant d'un livre passionnant, qui a en plus le gros avantage de coupler la thématique des mathématiques avec une autre que j'aime tout autant : le cinéma.

Il existe nombre de films évoquant les mathématiques, il n'est donc pas anodin de se demander de quelle manière cela est fait.
Quels sont les films qui mettent les maths à l'honneur ?
Est-ce que cela est fait à bon escient ?
Quelles théories sont alors abordées ?
Le professeur de mathématiques/blogueur/vidéaste Jérôme Cottanceau, que je découvre grâce à ce livre, s'attèle à répondre à toutes ces questions avec un enthousiasme contagieux.

Découpé en 14 chapitres évoquant chacun un film particulier, Les maths font leur cinéma balaye les champs de la discipline, allant du nombre π au théorème de Fermat, des machines de Turing à la quatrième dimension, de la géométrie algébrique aux équations de Navier-Stokes, j'en passe, et des plus compliqués.

Si vous êtes, comme moi, amoureux des maths, fascinés par leur beauté et leur poésie, vous allez passer un très bon moment de lecture.
Si vous avez été, comme moi, percutés en plein vol par le Pi d'Aronofsky il y a de nombreuses années et que vous ne vous en êtes pas encore remis, vous allez l'aimer tout autant.

Couplant une très bonne maîtrise des différents sujets à une capacité de vulgarisation certaine, l'auteur a su m'accrocher immédiatement par un style abordable sans être trop simpliste. Les maths font leur cinéma est de plus ce genre de livre qui donne juste ce qu'il faut de clés pour attiser l'envie d'en découvrir plus : plus de films, plus de livres, plus de maths...

Les maths font leur cinéma
De Will Hunting à Imitation Game
Jérôme Cottanceau
Dunod

mercredi, février 17 2021

Érostrate for ever

Connaissez vous l'histoire d'Érostrate, monsieur Pimpon ?



C'est ainsi que l'un des derniers protagonistes d'Érostrate for ever nous introduit à l'histoire du personnage qui donne son nom au livre.
Celle de cet homme banal, voire marginal, qui voulait absolument accéder à la postérité et qui a décidé alors d'incendier le temple d'Artémis, l'une des 7 merveilles du monde antique. Simplement pour que l'on se souvienne de lui.
Celle, plus ambigüe, de cet homme né sans rien, condamné à la naissance à une vie médiocre, et qui a cherché par tous les moyens à s'en extraire.

Dans ce recueil de nouvelles, qui n'en est pas vraiment un tant elles forment un tout, Aïssa Lacheb tisse le destin d'autres Érostrate, d'autres êtres dont la vie semble déterminée sans qu'ils aient les moyens de s'en arracher, d'autres individus victimes d'un mauvais choix ou de circonstances tragiques.
5 existences terribles, 5 plongeons dans la noirceur du monde, au cœur des drames familiaux et sociétaux.
Au milieu de ces murs de ténèbres, les acteurs de ces scènes sinistres apparaissent si lumineux dans leur impuissance, si beaux dans leur résistance que la fatalité n'en est que plus amère.

Aïssa Lacheb nous livre un texte au rythme précipité, dans lequel chaque phrase semble dévorer la précédente, nous entrainant dans une course vers l'avant, hâtant les dénouements qui nous paraissent, dès le début, irrésistibles. Sa plume à la force évocatrice rare, à l'exubérance poétique est le plus parfait instrument permettant l'identification et l'empathie.

Rarement ai-je trouvé des portraits plus touchants, des personnalités plus véritables que celles d'Érostrate for ever. Rarement ai-je autant vécu, souffert, enduré avec les protagonistes des histoires que je lis.

Érostrate for ever est un livre très dur, très violent, cru et funeste, mais c'est également une lecture que je ne peux qualifier que de compassionnelle. Elle touche au cœur et parle aux tripes, elle est d'un humanisme fou. Je ne connaissais pas Aïssa Lacheb, la poésie de son écriture m'a fauchée, la construction de son livre m'a dépassée, et sa fin dantesque fut un véritable soufflet.

Érostrate for ever
Aïssa Lacheb
Au diable vauvert

mercredi, février 3 2021

Journal d'un rescapé du bataclan

C'est, je pense, un immense cadeau que nous a fait Christophe Naudin en nous livrant le contenu du journal qu'il a tenu de décembre 2015 à décembre 2018, après avoir survécu à l'attentat du Bataclan. Dans un premier temps car il a tenu à le laisser brut, sans réécriture. Il s'agit donc d'un témoignage extrêmement dur, évidemment, écrit par un auteur souvent sous la coupe de troubles du stress post-traumatique, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la psyché.
Dans un second temps car il l'a complété au moment de son édition par une postface extrêmement éclairante, écrite 2 ans après la fin du journal, 5 ans après l'attentat. D'ailleurs, si je l'ai, pour ma part, lue après le journal, je pense qu'il est intéressant également de la lire avant.
Ces deux revers d'une même médaille forment un ensemble à la fois bouleversant et instructif, un témoignage fort sur l'impact de cet évènement sur la vie d'un survivant. La personnalité de Christophe Naudin contribue, je pense, à l'intérêt du livre : il est historien, a travaillé sur l'Islam médiéval, enseigne l'histoire dans un collège et est clairement engagé politiquement à gauche.

Au fil du récit, nous allons suivre ses réflexions, son besoin de suivre l'actualité, de s'informer encore et encore sur les attentats, sa nécessité dévorante de comprendre.
Sa colère, également.
Face aux médias et à l'affrontement de deux visions aussi caricaturales l'une que l'autre du terrorisme.
Face à sa famille politique, également, et à la complaisance dont elle fait preuve.
En parallèle viendront les phases de reconstruction, son retour au collège, son travail de thérapie, ses amis, ses élèves, ses collègues, la rencontre avec sa compagne...
Il est émouvant de le sentir se détacher quand les entrées de son journal finissent par se faire plus rares, plus courtes et plus posées...

La postface lui permet enfin de remettre les choses en perspective et de dresser le bilan de son parcours pendant ces 5 années. La reconstruction, la nécessité de témoigner, la volonté d'agir.

Journal d'un rescapé du bataclan est un document sans doute unique, fort et juste dans ses réflexions et dans la pertinence des questions que l'auteur pose face à l'islamophobie et à la lutte contre le terrorisme.

Journal d'un rescapé du Bataclan
Christophe Naudin
Editions Libertalia

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