mercredi, septembre 23 2020

Je gagne toujours à la fin

Tristan-Edern Vaquette a été l'une de mes grandes découvertes littéraires de cette année. Après avoir été totalement convaincue par son tout dernier roman Du champagne, un cadavre et des putes, j'ai choisi deux de ses anciens ouvrages pour accompagner mon été.

J'ai ouvert Je gagne toujours à la fin au début de l'été et je l'ai lu comme une assoiffée.

Se déroulant dans le courant de la seconde guerre mondiale, au moment de l'occupation nazie, ce roman met en scène un héros résistant de la première heure, lui même dénommé Tristan-Edern Vaquette et narrateur de l'histoire. En suivant les aventures aussi rocambolesques qu'improbables de ce personnage volcanique et de ses 2 compères également bien déjantés, on navigue entre les nombreuses digressions de l'auteur qui saura bien prouver que, décidément, il gagne toujours à la fin.

Si j'ai commencé ma lecture plus amusée qu'interrogée, j'ai rapidement eu comme le pressentiment que les premiers chapitres n'étaient qu'un échauffement, et que quelque chose de plus grand allait bientôt me frapper. Si l'auteur prévient dès le début (et à raison) que l'action ne commence réellement qu'au chapitre 12 (p 48), c'est au chapitre 44 (p 205) que j'ai atteint un point de basculement particulièrement net.

Non pas que la première partie du roman soit légère, au contraire. Si le ton est potache et parfois emphatique, percent dès le début du roman, dans les aspirations de son narrateur, une ode à la l'évasion, un désir de grandeur, un combat contre toutes les formes d'abdication qui donnent tout son sens à la période historique choisie par l'auteur.

Cependant, ce chapitre 44 renferme un dialogue que j'ai trouvé des plus judicieux, brillant et qui m'a vraiment frappée. A ce moment là, le livre prend une autre dimension, gagne en profondeur, en noirceur, en revendication, également, quand dans le même temps son narrateur, jusqu'ici infaillible, expose enfin quelques fissures.

Sous ses airs assumés de pantalonnade, Je gagne toujours à la fin est en effet également un texte qui frappe fort et juste. Sur la société et les carcans qu'elle impose, sur les nombreuses lâchetés individuelles qui ont des conséquences sur le système. En questionnant le rapport au courage, au pouvoir ou à l'ambition, en consacrant la fin du roman à une défense pleine et entière de la liberté d'expression, l'auteur a de nouveau nourri mes interrogations sur ce sujet passionnant.

Si l'on peut être dérouté par la flamboyance grandiloquente et la théâtralité de l'ouvrage (qui reste également, et peut-être avant tout, une farce extrêmement drôle), je l'ai trouvé autant subtilement intelligent, quand il est à la fois aussi revendicatif que dénué de colère, aussi protestataire qu'implacable.

Il a confirmé à quel point croiser la trajectoire de Tristan-Edern Vaquette a été pour moi détonant et des plus profitable.

Je gagne toujours à la fin
Tristan-Edern Vaquette
Au Diable Vauvert

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