mercredi, novembre 18 2020

Six promenades dans les bois du roman et d'ailleurs

Ce court livre est la synthèse d'une série de 6 conférences qu'Umberto Eco a données pour les Norton Lectures de Harvard. Il y propose un voyage au cœur du processus de narration, durant lequel il s'attachera à décomposer plusieurs œuvres, dont, entre autres, Le meurtre de Roger Ackroyd, Casino Royale, Les trois mousquetaires et surtout la Sylvie, de Gérard de Nerval, qui sera le dénominateur commun de toutes ses réflexions.

J'aime beaucoup Umberto Eco. Comme beaucoup de libraires, j'ai dévoré Le nom de la Rose, je me suis passionnée également pour Le Pendule de Foucault. J'admets cependant qu'Eco est un auteur très exigeant. Lire ses romans nécessite des efforts. Son style est riche, ses écrits complexes.

Ce n'est pas du tout ce que j'ai retrouvé dans ce livre. Sans doute car il retranscrit des conférences orales, je l'ai trouvé limpide, incroyablement facile d'accès en regard de l'étendue des connaissances qui y sont distillées.
Eco y déploie toutes ses facultés de vulgarisateur pour le plus grand plaisir du lecteur.

Le lecteur est en effet l'ingrédient majeur de ces réflexions. Il se voit défini comme l'élément central autour duquel tout narrateur construit son intrigue.

Suivre le cheminement de Eco permet au lecteur de jouir d'autant plus des romans qu'il décrit.
Véritable bijou qui serait profitable à tout écrivain ou lecteur, j'ai fini ma lecture nettement plus instruite que je l'ai commencée, en apprenant avec avidité et plaisir.

Umberto Eco
Six promenades dans les bois du roman et d'ailleurs
Traduit par Myriem Bouzaher
Grasset/Livre de Poche

mercredi, septembre 23 2020

Je ne suis pas Charlie (Je suis Vaquette)

J'ai terminé mon été comme je l'ai commencé. En lisant avec appétit Tristan-Edern Vaquette.

Je ne suis pas Charlie (Je suis Vaquette) est un court texte écrit dans la foulé des attentats de Charlie Hebdo, tentant de revenir avec lucidité sur ce qui a posé problème dans le traitement de ces événements. Porté par une écriture, certes vindicative, mais évitant de tomber dans l'aigreur, ce texte met en exergue l'immense hypocrisie qui a suivi ces épisodes bouleversants et interroge sur les causes profondes qui ont pu mener à de telles extrémités.

Je ne sais pas si on peut lire ce texte sans s'interroger sur ses propres sentiments de l'époque. Je n'ai pour ma part pas pu.
Je me rappelle encore où j'étais quand les nouvelles ont commencé à m'arriver.
Je me rappelle dans quel état de stupeur je me suis retrouvée.
Je me rappelle avoir été Charlie sans y réfléchir vraiment, réagissant avec émotion, en étant incapable d'avoir le recule nécessaire sur les choses.
Je me rappelle ne pas avoir marché... ne pas avoir compris ce cortège de puissants, mais avoir cependant été émue par les rassemblements d'anonymes.
Je me rappelle ne pas m'être réjouie du tout de la mort des frères Kouachi comme je ne me réjouie jamais d'un assassinat quel qu'il soit.
Je me rappelle d'un sentiment de malaise constant.

Je ne sais pas comment j'aurais reçu le texte de Vaquette au moment de sa sortie. Il aurait sans doute été trop tôt. Si j'ai pu sentir à l'époque comme une odeur de manipulation dans l'air, j'étais trop en proie à mes émotions pour raisonner correctement. Bien sûr, avec le recul, 5 ans après les faits, et à présent que cet événement, entre autre, a servi de prétexte à voter de plus en plus de lois liberticides, il m'est impossible de ne pas pointer les mensonges servis à ce moment là.
Vaquette les égraine tous, sans rage, mais avec la perspicacité provocatrice qui émane de chacun de ses écrits. Si cette histoire est idéale pour qu'il aborde en profondeur son sujet de prédilection (la défense de la liberté d'expression, pour ceux qui ne suivent pas), il propose également une analyse extrêmement avisée des ressorts sociétaux ayant abouti à cette situation, et de l'instrumentalisation qui en a été fait.

Il se fait alors la voix de ceux qui ne réduisent pas ces attentats à un problème de caricatures. De ceux qui ont rejeté le détournement d'un mouvement à des fins de propagation de la peur, et donc, de plus de contrôle. De ceux qui, décidément, ne pouvaient pas se sentir Charlie, quand c'est le contraire même de l'esprit originel du journal.

Cri du cœur écrit avec discernement, plaidoyer libertaire, ce texte entre en parfaite résonance avec la situation sanitaire actuelle, dans ce que la crainte qu'elle inspire sert de prétexte pour restreindre toujours plus les droits fondamentaux.

Il n'en a été que plus savoureux...

A noter qu'il est suivi de deux "bonus" de quelques pages chacun :

- Mon éditeur est un enculé, dénonçant allègrement l'hypocrisie qui règne dans un certain milieu de l'édition (pour connaitre un tant soit peu ce milieu, il cogne oui, mais plutôt à raison !)

- Vaquette fait la manche, texte écrit sur la page d'appel au don de l'auteur, permettant d'aborder le sujet de la valeur morale et sociétale du travail d'un artiste.

Je ne suis pas Charlie (je suis Vaquette)
Tristan-Edern Vaquette
Du Poignon Productions

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