Je n'aime pas les grands

Des forces obscures sont à l'œuvre, elles rampent dans l'ombre et se tapissent pour nous prendre à la gorge ! Nos ennemis sont prêts à toutes les bassesses, ils nous insultent et ils nous blessent ! Hélas, avons-nous le choix ? Nous devons répondre à la terreur par la terreur ! Puisque nos bourreaux ne comprennent pas le langage de la paix, nous leur inculquerons celui de la guerre ! Les masses doivent la comprendre. Nous sommes les victimes des grands qui recherchent notre échec !

Ma première rencontre avec Augustin Petit, celui qui déclame le vibrant discours que je viens de citer, s'est faite il y a quelques années, à l'occasion de l'achat d'impulsion du court roman le mettant en scène Mort aux grands ! chez cette maison d'édition qui s'appelait encore à l'époque Le peuple de Mü. Quelle ne fut pas ma surprise, en ouvrant Je n'aime pas les grands, de retrouver l'ensemble de ce premier opus suivi des autres récits formant les aventures d'Augustin Petit, et par là même une saga uchronique aussi féroce de jubilatoire.

En effet, ce roman prend part après la défaite de la France en 1919 et raconte l'ascension fulgurante d'un homme qui, au milieu du champ de ruines, saura révéler les vrais responsables : les grands.

Je n'aime pas les grands est avant tout une farce extrêmement drôle, écrit de la main plus que talentueuse d'un auteur à la fois érudit et décomplexé, dont les traits d'esprit sont aussi réjouissants que les nombreuses références humoristiques qui jalonnent et aèrent un récit à l'ampleur certaine.
Je n'aime pas les grands est également un texte d'une extrême finesse et d'une grande intelligence, qui démontre parfaitement, par un absurde pourtant sacrément crédible, les mécanismes pouvant entraîner tout un pays à adhérer aux idéologies les plus aberrantes. En cultivant le sentiment d'injustice et de vengeance, en désignant un bouc émissaire, Augustin Petit n'aura en effet pas beaucoup de mal à faire basculer son pays vers le totalitarisme.
Je n'aime pas les grands est enfin un portrait plus que réaliste d'un homme qui, incapable d'assumer sa propre médiocrité, fera porter aux autres la responsabilité de ses faiblesses, et qui, sous prétexte d'avoir été opprimé lui-même, profitera de la première possibilité qu'il se sera donné pour transposer cette oppression sur les autres. Le genre de personne méprisable que l'on a tous rencontré au cours de notre vie.

Je vous conseille donc vraiment de découvrir ce roman qui est, de plus, particulièrement d'actualité !

Je n'aime pas les grands
Pierre Léauté 
Mnémos/Mu

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